J’aimerais parler ici de la raison pour laquelle je me suis lancée dans cette aventure de la fabrique urbaine. Et tout a commencé avec un voyage au Japon. Ça peut paraître un peu bateau, tant c’est la mode aujourd’hui, j’ai même l’impression qu’autour de moi, tout le monde y est allé, alors que je n’ai, depuis mes 18 ans, pas eu l’occasion d’y retourner.
J’avais saisi l’opportunité d’un voyage d’affaires de mon père à Tokyo pour me cacher dans ses valises, et ça a été une vraie révélation. Un vrai choc.
J’étais à Paris à l’époque, en études d’art… et pour tout vous dire assez loin du monde de la ville.
Et moi qui étais fan de la culture japonaise, j’ai été submergée par les proximités et les différences entre ces deux pays, ces deux cultures : quelques exemples qui me viennent dans un ordre qui n’a aucun sens, le respect des anciens, leurs rapports aux divinités, à la nature, ces bâtiments ultra-contemporains qui viennent se confronter à de vieux temples.
La foule partout mais un sentiment de sécurité toujours égal. Des travailleurs tirés à quatre épingles qui croisent des cosplayeurs à Shinjuku. La sensation d’être une étrangère (et en plus j’avais les cheveux rouges à la garçonne à l’époque) tout en étant toujours extrêmement bien accueillie, conseillée, aidée.
Il y a quelque chose, aussi, dans le rapport à l’autre, qui est très similaire et pourtant très différent du nôtre en France.
En tout cas, ça m’a vraiment retournée, et à mon retour, alors que j’avais commencé mon école d’art en assurant que je ne ferais jamais d’architecture (parce que c’était la voie que m’avait conseillée le directeur à l’époque et que je suis quelqu’un de parfois très têtue), j’ai fini par décider d’abandonner toutes mes candidatures en écoles de beaux-arts et de design pour me lancer dans les concours d’entrée en écoles d’architecture.
Et là encore, j’affirmais que je n’étais pas du tout intéressée pour devenir architecte, et d’ailleurs ça a toujours été le cas.
Ce qui m’intéressait, c’était d’étudier la ville : comprendre comment elle se fait, qui en sont les acteurs, pourquoi on trace les rues d’une certaine façon, pourquoi un quartier fonctionne et pas un autre, pourquoi, dans des pays très différents, certains endroits finissent par se ressembler.
Ceux qui me côtoyaient connaissent la suite de mon parcours : après un master 2 en architecture, j’ai enchaîné avec une formation en urbanisme à Sciences Po Paris.
L’objectif était d’affiner mes connaissances, de comprendre les rouages de la fabrique urbaine : qui sont les décideurs, quelles sont les contraintes, quelles sont les ambitions de chacun, et pourquoi tout est si compliqué. Et surtout pourquoi une telle défiance entre les architectes et les promoteurs, entre les architectes et les ingénieurs, etc.
D’ailleurs, dès la fin de mes études d’archi, j’avais indiqué que je souhaitais aller travailler chez un promoteur, parce que j’avais eu la chance de découvrir ce métier dès ma première année d’architecture, avec un stage chantier auprès d’un conducteur de travaux (respect à cette profession, c’est vraiment pas facile comme job).
Merci Damien Routier (si tu passes par là), un super maître de stage, grâce à qui j’avais déjà pu entrevoir une partie de ces rouages, quelque chose dont on ne parlait pas du tout dans mes études d’architecture.
Essayer d’être un peu le gris entre le blanc et le noir, entre l’architecte et le promoteur, entre l’envie de faire des projets incroyables et la nécessité que ça rentre dans une rigueur économique.
C’est ce que j’ai toujours beaucoup aimé. Ce sont des sujets qui m’ont toujours passionnée.
Je suis passée ensuite par Legendre Immobilier, puis par SECIB Immobilier, deux aventures vraiment incroyables, et je suis reconnaissante envers toutes les personnes qui m’ont formée, encouragée, avec qui j’ai eu la chance de travailler.
Elles m’ont permis d’affiner mes connaissances, notamment grâce au programme de l’IDHEAL, une formation très stimulante. J’y ai rencontré des personnalités, des personnes avec des parcours et des connaissances qui me dépassent complètement, et qui m’ont permis d’avoir un regard encore plus aiguisé, et cette fois plus affirmé.
Et aujourd’hui, je monte mon entreprise, À vous la ville, qui est vraiment le condensé de tout ce que j’aime faire, de tout ce que j’ai aimé faire, de tout ce que j’ai pu observer et apprécier chez mes collègues et mes chefs, avec la volonté de continuer à comprendre la fabrique du territoire, à valoriser les projets des entreprises, et à travailler avec et pour des gens.
Parce que tout ce parcours autour de la fabrique de la ville m’a donné envie de comprendre comment elle se fait, d’y participer, d’y mettre un peu la main à la pâte et d’essayer de combattre certains diktats pour faire des choses qui sortent de l’ordinaire et qui soient plus viables, écologiquement et économiquement.
Et en fait, on se rend compte que beaucoup de choses partent de la technique, du réglementaire, du financement. Mais que beaucoup de choses partent aussi des gens, tout simplement. Des rencontres, des personnalités, des convictions personnelles.
Et je pense qu’on sous-estime largement le poids d’une personnalité, d’une conviction, dans un métier, dans un projet, dans une vision collective.
Maintenant que je suis à quelques semaines de la création d’À vous la ville, je me rends compte que ce qui me tient le plus à cœur, c’est de travailler avec des gens et de les aider à comprendre en quoi ce qu’ils proposent, ce qu’ils pensent, est exceptionnel. Essayer de les accompagner, de les aider à valoriser leur travail ou à aller plus loin, à apporter pourquoi pas de nouvelles idées, mais aussi à faciliter leur travail et leur processus de création, notamment avec ce volet d’accompagnement que je ne pensais pas proposer au début de la genèse du projet.
Non pas pour remplacer les gens, comme on peut le craindre notamment avec l’IA, mais bien pour soulager chacun, pour qu’il puisse consacrer le plus de temps possible à la réflexion, à ce pour quoi il est fort, là où il a de la valeur ajoutée, et non à remplir des tableaux ou rédiger des comptes rendus.
L’idée, c’est de soulager les gens pour qu’ils aient plus de temps pour réfléchir, anticiper, et travailler ensemble aussi.
Finalement, c’est un peu un manifeste que j’écris là. J’ai la conviction profonde que cette entreprise a tout pour réussir, non pas parce que je m’estime particulièrement capable, mais parce que je pense que cette petite brique en plus a toute sa légitimité auprès de l’ensemble des acteurs de la fabrique de la ville.
Parce que je meurs d’envie de travailler sur de beaux projets, avec de belles entreprises, et j’espère que celles où j’ai eu la chance de travailler pourront en témoigner.
Je m’attache vraiment aux identités, aux convictions profondes, et sincèrement, aucune entreprise n’a le même ADN. Il est impossible d’appliquer des process standardisés à chacune : une très bonne idée dans une boîte ne fonctionnera pas forcément dans une autre. Il y a des habitudes qu’on ne changera pas, et c’est très bien comme ça. Une fois qu’on se le sera dit, on fera avec, et ce sera très bien, voire, qui sait, on construira encore quelque chose de mieux.