Pour tout vous dire, j’utilise l’IA depuis pas mal de temps. Pas vraiment à haute dose, et très très peu pour le perso, mais pour le travail ça m’a vraiment aidée, parfois, à réorganiser mes pensées.

Notamment parce que mon conjoint est ingénieur data, qu’il a beaucoup travaillé sur ces sujets-là, et que c’est quelque chose qui le passionne, dans sa technologie comme dans sa vitesse d’évolution.

Alors forcément, quand j’ai eu la volonté de monter À vous la ville, je me suis posé la question de l’utilisation de l’IA dans mon travail de design et de conseil éditorial et graphique.

La question du cadre, aussi : quelles informations je donne, ce que je fais des informations transmises par mes clients, si jamais j’en transmettais.

Et on a commencé à évoquer avec mon conjoint l’idée d’apporter, pourquoi pas, cette compétence aux entreprises que je souhaite accompagner.

Je suis végétarienne, je ne prends pas l’avion, j’essaie de mettre en place plein de petites choses pour diminuer mon impact sur l’environnement.

Et je sais que beaucoup de gens dans l’architecture, l’environnement, l’immobilier, l’urbanisme sont contre l’IA de façon très forte.

Parmi eux, il y a des gens que j’estime énormément, et je pense sincèrement que si je les croise un jour et qu’ils me regardent d’un mauvais œil, je me décomposerai sur place. C’est donc un sujet qui me travaille depuis longtemps.

Et je ne vais pas faire semblant d’avoir la réponse. Ma sobriété personnelle ne compense pas un data center, je le sais très bien.

Ce que je peux décider, en revanche, c’est ce que j’en fais, à quelle fréquence et pour quelles tâches. Ce n’est pas une solution, c’est une position que je peux tenir et que je peux expliquer. Je préfère ça au fait de faire comme si la question ne se posait pas.

Et puis un jour, mon conjoint m’a dit une phrase que je trouve très marquante : ignorer l’IA, c’est comme ignorer la pluie. Tu peux ne pas prendre de parapluie, mais tu seras mouillé quand même.

Je sais bien que la pluie, elle, n’a pas d’actionnaires, et que la comparaison s’arrête à peu près là.

Elle dit quand même quelque chose de juste : la technologie est là, maintenant. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on se cantonne à deux positions, l’ignorer ou se jeter dessus, et je crois que la question n’est plus là.

Ce que je crois, c’est qu’il faut l’utiliser là où elle coûte peu : l’aide à la réflexion, les comptes rendus, l’écriture, l’automatisation de certaines tâches.

Et garder l’économie de moyens, de temps, de charge mentale, de charge de travail et d’argent que ça dégage pour sacraliser le reste, et continuer à rémunérer les équipes en interne, les artistes, les créateurs, les artisans.

Sincèrement (et pas seulement parce que je suis un peu graphiste), c’est là que je vois l’intérêt. Alors qu’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on s’y prend un peu à l’envers, parce qu’il y a un petit côté waouh quand on affiche « créé en 20 secondes ».

On me dit souvent qu’un fossé va se creuser entre ceux qui utilisent l’IA et ceux qui ne l’utilisent pas.

Je crois que la vraie fracture sera ailleurs, entre ceux qui s’en servent bien et ceux qui s’en servent mal.

Les gens qui l’utilisent peu, et de façon très intelligente, auront beaucoup plus d’efficacité et de potentiel que des entreprises qui l’utilisent énormément, de façon très gourmande, mais très mal.

Parce que c’est un outil, même s’il est très controversé et qu’il fait très peur. Il faut comprendre comment il fonctionne, et à quel point la magie n’existe pas (je sais, c’est très triste).

On pourrait dire aussi qu’il tue la créativité et la réflexion. Je pense exactement l’inverse : bien utilisé, il libère la tête et le temps, justement pour se consacrer à la création et à la réflexion.

C’est juste une façon d’alléger. Et si j’allège, ce n’est pas pour produire plus vite. C’est pour pouvoir continuer à payer des gens dont le travail, lui, ne va pas vite.